Sadio Mané: l’hommage exceptionnel d’un Géant du foot par ses partenaires et adversaires sur les terrains de foot

 

 

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Au fil de sa carrière, Sadio Mané s’est imposé comme une référence mondiale aussi bien avec Liverpool qu’avec le Sénégal. Ses adversaires et coéquipiers racontent le footballeur lors des différentes étapes de sa carrière.

Du haut de ses 30 ans, Sadio Mané réalise certainement l’une des meilleures saisons de sa carrière. Performant avec Liverpool et auteur de 26 buts et 6 passes décisives en 50 matches cette année, l’attaquant des Reds a surtout marqué l’histoire de son pays en remportant la première CAN du Sénégal et en offrant aussi la qualification à la Coupe du monde 2022 quelques semaines plus tard. Les deux fois face à son coéquipier Mohamed Salah. Légende de son pays, véritable star de Liverpool, Sadio Mané s’est forgé une vraie réputation sur et en dehors des terrains. Celui qui est souvent très discret dans la presse a prouvé au fil du temps qu’il s’était imposé comme une référence à son poste. Et ce ne sont pas ses coéquipiers et adversaires qui diront le contraire. Car cette saison, comme depuis ses débuts en pro, l’international sénégalais ne laisse personne indifférent, ni footballistiquement, ni humainement.
«En tant que gardien de but, il faut s’estimer heureux et privilégié de pouvoir s’entraîner avec un gars comme Sadio. Quand on parle de Sadio, on parle du top 5 mondial à son poste. Quand vous avez la chance de vous entraîner avec lui, vous progressez tous les jours. En plus, c’est un concurrent direct en Premier League, donc j’en profite énormément pour l’observer, voir dans quels domaines il progresse chaque jour et pour lire son jeu. Quand on veut performer au plus haut niveau en tant que gardien, c’est ce qu’on veut, rencontrer les plus forts. Et Sadio en fait partie. C’est un vrai plaisir pour moi. Après, il faut lui demander si un plaisir pour lui de s’entraîner avec moi (rires)», nous confie justement Edouard Mendy, gardien sénégalais de Chelsea qui a donc remporté la CAN avec Mané cette année.
Une explosivité qui impressionne
Lorsque l’on regarde bien, il n’a pas fallu longtemps à Sadio Mané pour faire l’unanimité auprès de son vestiaire ou même de ses adversaires. Lorsqu’il arrive en Europe en provenance de l’AS Génération Foot, le natif de Banbali impressionne vite au FC Metz. Alors que son club joue le maintien en Ligue 2 et sera d’ailleurs même relégué quelques mois plus tard, Mané reçoit sa première convocation avec la sélection. À cette époque, le Sénégal se restructure et une nouvelle vague de jeunes joueurs arrive : celle des Gana Gueye, Cheikhou Kouyaté et donc de Sadio Mané. Et très vite, le jeune ailier virevoltant fait des dégâts. «Il est arrivé de manière totalement humble. On ne le connaissait pas trop, car il était à Metz, dans les divisions inférieures. Je me souviens que mon ami Oumar Sissoko, gardien au FC Metz, me disait que c’était un petit crack, explosif. Et effectivement, à ses débuts, c’est ce qui faisait sa force. Il jouait comme un vrai ailier, il était rapide sur ses appuis. On le voyait arriver comme un futur crack, mais on ne s’attendait pas à ce qu’il monte aussi haut», raconte Jacques Faty qui l’a connu à ses débuts en 2012.

Mais ce qui frappe surtout, au delà de ses qualités footballistiques, c’est surtout sa rapide assimilation du haut niveau. «C’est quelqu’un de très humble, il ne voulait pas prendre beaucoup de place. Il ne cherchait pas la lumière. Et pour lui, les responsabilités sont venues naturellement. Il les a assumés sans se prendre pour un leader. Mais techniquement, il donnait l’exemple. Il est venu sans complexe, sans rien. La chance qu’il a eue aussi, c’est d’être arrivé en sélection avec toute une génération et ils se connaissaient. Il a pu vite être un taulier sans être dans l’ombre des anciens. Le Sadio que j’ai connu il y a 10 ans est le même qu’aujourd’hui», conclu l’ancien défenseur de la Roma.
Sur le terrain aussi, Sadio Mané fait parler de lui. Son explosivité et sa vitesse de percussion lui permettent d’être un véritable poison pour ses adversaires. Et son court passage au FC Metz (23 matchs, 2 buts, 1 passe décisive) lui ouvre les portes de Salzbourg, en Autriche. Un club où il va véritablement passer un cap et gagner en consistance sur le terrain et où il va se rapprocher du style de joueur qu’il est aujourd’hui : efficace, décisif. «Je me souviens quand il arrive, il a le même défaut que tous les jeunes de l’époque. Il était un peu désordonné dans son jeu, il allait dans tous les sens. Ce n’était pas quelqu’un de mature dans son jeu. Ce n’était pas un crack comme Mbappé. Mais il montrait de très belles choses. Il était super rapide dans les premiers mètres. Il était en avance, mais on ne se disait pas que c’était un phénomène», avoue Jacques Faty.« Même aujourd’hui, tu ne peux pas dire qu’il fait des choses hors du commun. Il marque à tous les matches, il est toujours très bon même dans les grands matches. C’est ça qui fait qu’il est une star. Mais ce n’est pas comme Ronaldo, Messi ou Mbappé qui te sortent des « masterclass ».»
Une mentalité irréprochable
La carrière de Sadio Mané prend un tournant lorsqu’il signe en Autriche. Car là-bas, dans un nouvel environnement, il va progresser, découvrir la Coupe d’Europe et surtout devenir un véritable danger pour les défenses adverses. Durant deux ans, l’international sénégalais martyrise ses adversaires et devient un vrai cadre de sa sélection, incarnant le talent de la nouvelle génération. À Salzbourg, il se distingue en inscrivant pas moins de 45 buts en 87 matches et en délivrant 32 passes décisives. Rien que ça. De quoi taper dans l’œil de plusieurs écuries européennes et notamment Southampton, qu’il rejoint donc en 2014. Avec ce transfert, Sadio Mané prouve qu’il est assurément le plus gros espoir offensif du Sénégal qui mise grandement sur lui pour remporter une première CAN. Son premier gros test a justement été lors de l’édition 2015 ou il doit porter une équipe en transition, mais qui possède tout de même un beau vivier.
Mais dans un groupe très relevé, rien ne se passe comme prévu et le Sénégal est éliminé en phase de poules après sa défaite face à l’Algérie. Sadio Mané ne brille pas vraiment. Carl Medjani, international algérien et titulaire ce soir là, se souvient de sa confrontation face à lui. «C’est un joueur que je suivais beaucoup, car il sortait de Metz et je suis passé là-bas. Mais je le connaissais bien aussi, car on avait le même préparateur physique : Fabien Richard. J’avais déjà un regard sur lui. Pour l’anecdote, quand on joue contre lui, il revenait de blessure où il était malade, mais personne ne le savait. Ce n’était pas le Mané de maintenant, mais son talent se voyait déjà. Surtout dans sa vitesse d’exécution et dans son apport dans le jeu de son équipe. Ses coéquipiers avaient déjà énormément confiance en lui, ça m’a marqué. Mais il n’était pas à 100% ce jour-là», analyse-t-il.


Au-delà de ses performances, c’est surtout dans son attitude que Sadio Mané marque les esprits de ses adversaires et de ses coéquipiers. Tous s’accordent pour dire que déjà à cette époque, son caractère et sa sagesse le rendaient très particulier. «C’est quelqu’un de très humble, très respectueux et il dégage de belles valeurs de générosité notamment. C’est un exemple et il incarne vraiment tout ce que j’apprécie chez un joueur de foot», ajoute l’ex-international algérien. Une pensée partagée par Abdoulaye Diallo, ancien gardien rennais qui a aussi évolué avec Mané en sélection (16 capes). «C’est l’un des meilleurs au monde à son poste sur les qualités intrinsèques. Mais ce qui m’a marqué le plus chez lui, ce n’est pas l’aspect sportif, c’est l’aspect humain. C’est une personne hyper humble, qui fait énormément de bien autour de lui, dans son village natal, au Sénégal. C’est admirable. Le joueur, on le voit tous les week-ends, il n’y a pas grand-chose d’autre à dire ! À l’entraînement, il est tout le temps à fond. Le terme de machine lui correspond vraiment bien. Sadio, c’est une machine. Les petits détails et professionnel jusqu’au bout.»
Un ailier constamment en mouvement
Son ascension se poursuit lorsqu’il signe évidemment à Liverpool en 2016 après avoir souvent brillé avec Southampton en Premier League. Sous les ordres de Jürgen Klopp, Sadio Mané devient tout simplement l’un des meilleurs joueurs du monde à son poste et brille sur la scène européenne également. Avec Roberto Firmino et Mohamed Salah, l’international sénégalais fait partie de l’une des meilleures attaques d’Europe si ce n’est la meilleure. Il gagne aussi en régularité et notamment sur ses statistiques, où il enchaîne les buts, décisifs en plus, et où il termine même meilleur buteur de Premier League en 2018 (avec 22 buts). Dans la continuité, il soulève une Ligue des champions avec les Reds après avoir échoué une année auparavant face au Real Madrid (en ayant marqué dans la finale). Alors forcément, son statut change et il est logiquement plus attendu par ses adversaires et notamment à la CAN 2019, où le Sénégal est le grand favori avec sa star Mané. De quoi impressionner ses adversaires, mais pas Emmanuel Imorou qui a dû se charger de défendre sur SM10 lors du quart de finale entre le Sénégal et le Bénin. «Sur ce match-là, cela m’avait marqué, car c’était Sadio Mané en face tout de même, il faisait déjà partie des meilleurs joueurs du monde. À titre personnel, je trouve que je n’avais pas énormément souffert dans le duel avec lui (rires). Mais c’était difficile car c’est un joueur intelligent et qu’il est capable de faire la différence à tout moment. Il est influent dans le jeu même si à l’époque, le Sénégal n’était pas encore un collectif très bien huilé. Il a aussi ce côté généreux et altruiste qui fait que c’est difficile de le cerner.»
Difficile de défendre sur lui donc car il développe aussi une certaine justesse dans son jeu qu’il n’avait pas avant. En plus d’être un danger balle au pied, il devient aussi un poison dans son jeu sans ballon. Un aspect que Jürgen Klopp a énormément développé chez lui. «Pour me préparer, je me suis dit que face à lui, ça allait se jouer sur la concentration. Pour moi, sur ce type de joueur très fort, il y a deux profils. Il y a ceux qui sont capables de t’éliminer en un contre un et te faire vraiment mal et ceux comme Sadio Mané qui sur un déplacement, une passe, un appel te font mal. Il suffit d’avoir été inattentif un quart de seconde pour souffrir. À aucun moment, il ne faut se relâcher. Par exemple, un joueur comme Nabil Fekir que j’ai affronté en Ligue 1, j’étais beaucoup plus vigilant quand il avait le ballon, car je savais que c’était à ce moment qu’il faisait mal. Quand il n’avait pas le ballon, je respirais un peu. Avec Mané, c’est différent, car même quand il n’a pas le ballon, sur une accélération, un appel, un déplacement, il trouve la faille. Surtout qu’il est très mobile sur le terrain, il dézone beaucoup. C’est ça qui fait qu’il est dangereux aussi, car il perturbe tes repères et il faut sans cesse se réadapter», explique l’ex-international béninois.


L’expérience des grands matches
Dans cette CAN 2019, Sadio Mané a d’ailleurs été l’un des meilleurs joueurs de la compétition et si le Sénégal est arrivé en finale, c’est en grande partie grâce à lui. Mais les Lions de la Teranga échoueront à un pas du sacre face à l’Algérie de Riyad Mahrez. Pourtant, dans ce match, le natif de Banbali aura tout tenté. En vain. Son adversaire du soir, Mehdi Zeffane, qui aura passé toute la rencontre à tenter de verrouiller Mané se souvient du calme du joueur, malgré le scénario. «C’était mon adversaire direct en finale de la CAN 2019. C’est un très bon joueur qui est surtout vif et rapide en plus d’avoir une certaine puissance. Mais ce qui m’a surtout surpris chez lui dans ce match, c’est qu’il est resté toujours très calme. Le Sénégal était mené quasiment tout le match, car on avait marqué très tôt, mais je ne l’ai pas vu s’énerver une seule fois ou même hausser le ton avec ces coéquipiers et adversaires», confie l’international algérien. Son coéquipier Carl Medjani a l’explication. «Comme pour Salah ou Mahrez, il fait partie de ces joueurs qui savent qu’à tout moment ils peuvent faire la différence. Et puis, il a l’expérience des grands matches. Il joue contre les plus belles équipes d’Europe chaque week-end presque. Il est dans la catégorie des joueurs qui sont sûrs de la force et ils sont entourés de grands joueurs. Ils ont une force tranquille.»
Cette force tranquille, justement, lui a permis de se relever de ce terrible échec pour aller chercher le sacre en 2021 où il offre enfin ce trophée à son pays en étant toujours au rendez-vous. L’accomplissement d’une carrière pour lui qui a tout gagné avec Liverpool aussi bien collectivement qu’individuellement puisqu’il a aussi terminé meilleur joueur du Championnat en 2020. Reste à marquer encore plus l’histoire de son club, de son pays et même du continent africain en allant chercher une nouvelle Ligue des champions ce samedi (21h) face au Real Madrid. L’occasion de prendre sa revanche sur 2018 et de pourquoi pas avoir un argument supplémentaire dans la course au Ballon d’Or face à un concurrent direct : Karim Benzema.

 

 

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Auteur de l’article : Tass Xibaar

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