L’excellent commissaire Boubacar Sadio encense les « militaires et paramilitaires » et leur conseille « d’avoir une attitude républicaine et de se mettre au service du peuple… »

 

A TOUS LES MILITAIRES ET PARAMILITAIRES.

« L’armée doit, en toutes circonstances, avoir une attitude républicaine. Elle doit et a l’obligation de toujours se mettre du bon côté, celui du peuple. Un ordre illégal ne doit pas être exécuté. »
(Macky SALL)

Chers officiers généraux, officiers supérieurs, officiers subalternes ; sous-officiers et hommes du rang de l’armée nationale, la nation toute entière dans son unité, sa pluralité et sa diversité vous est totalement reconnaissante de l’extraordinaire travail que vous accomplissez tant sur le plan national qu’au niveau international dans le cadre de vos opérations extérieures où vous vous montrez comme de dignes et honorables ambassadeurs de notre pays. A l’interne et quotidiennement, vous n’avez de cesse de traduire en actes concrets le concept d’Armée-Nation qui occupe une place de choix parmi vos références paradigmatiques. Aujourd’hui, dans la région sud du pays, l’armée nationale a investi, envahi et anéanti presque toutes les bases rebelles qui constituaient les derniers sanctuaires d’un irrédentisme résiduel qui, en réalité, s’était, depuis belle lurette, transformé en une organisation criminelle qui empoisonnait la vie de paisibles citoyens qui ne demandaient qu’à vivre en paix. Vous avez accompli un excellent travail qui entre dans le cadre de votre première mission régalienne de défense du territoire national.
Chers officiers généraux, officiers supérieurs, officiers subalternes, sous-officiers et hommes du rang de la gendarmerie nationale, vous avez toujours et constamment conforté, confirmé et porté au firmament votre réputation non usurpée et avérée d’institution d’élite. Votre double fonctionnalité professionnelle vous a permis de vous illustrer avec efficacité et brio non seulement dans les opérations relevant de la défense nationale mais aussi dans les missions de sécurité publique, notamment la protection des personnes et des biens. Vos performances sont constatées, avérées et appréciées dans les missions onusiennes ou la qualité des services que vous offrez font honneur à tous les membres des forces de défense et de sécurité. Dans le cadre de la sécurité publique vous êtes entrain de mettre le paradigme de la proximité au centre d’une nouvelle vision sécuritaire initiée par le Haut Commandant de la Gendarmerie nationale et Directeur de la justice militaire. Un heureux rapprochement avec les populations, désormais considérés comme des partenaires.
Chers Contrôleurs généraux, commissaires de police, officiers, sous-officiers et agents de police, je vous adresse mes très vives et chaleureuses félicitations pour le très bon travail que vous effectuez quotidiennement et pour les énormes sacrifices de tous ordres consentis dans vos multiples et difficiles missions dont celle d’assurer la protection des personnes, des biens et des institutions, la lutte contre la grande criminalité, la cybercriminalité, le trafic de drogues, le terrorisme etc…Vous incarnez à merveille votre devise’’ Dans l’honneur au service de la loi’’. Vous avez su montrer à vos concitoyens que la Police est un véritable service public, malgré les couacs et certains dérapages qui peuvent légitimer des craintes. Il vous appartient, et c’est valable pour l’ensemble des forces de sécurité d’améliorer la qualité du service et des prestations dont les seuls bénéficiaires doivent être les populations.
Mes très chers frères, je profite de la présente occasion pour avoir une pensée pieuse et saluer la mémoire de tous les militaires et paramilitaires tombés en service commandé et exprimer toute ma compassion et mon soutien aux blessés, quelquefois handicapés à vie, qui méritent la reconnaissance de la nation et qui doivent bénéficier d’un traitement humanitaire honorable. Donner et verser son sang pour la nation est un acte héroïque d’une noblesse sans commune mesure avec les prévarications, les vols et les malversations commises par nos élites dont certains, par la volonté du chef, bénéficient toujours de promotion et avec, comme suprême honneur, d’être reçus au Palais de la république . Ces invalides et blessés de guerre, malheureusement, n’arrivent pas à obtenir une simple audience avec le Président de la République, Chef suprême des armées, alors qu’une crapule qui a insulté et criblé d’insanités la république toute entière vient d’être reçue solennellement par son excellence Macky Sall. Ce genre de discrimination dans le traitement des citoyens est de nature à décourager et à démotiver les éléments de première ligne.
Mes très chers frères, l’Etat dont vous êtes les valeureux serviteurs, a l’obligation et le devoir d’assurer la sécurité en veillant, sur l’ensemble du territoire national, a la défense des institutions et des intérêts nationaux, au respect des lois, au maintien de la paix et de l’ordre public et a la protection des personnes et des biens. C’est tout juste pour vous rappeler vos missions régaliennes dont celles de veiller a ce que la stabilité du pays soit préservée. Vous ne devez permettre à quiconque, fut-il le plus illustre des citoyens, d’installer une situation d’ingouvernabilité ou de chaos à des fins inavouées. Je ne cesse de dire aux Sénégalais que nous avons des forces de défense et sécurité foncièrement républicaines et profondément attachées aux valeurs et principes qui fondent notre nation. Jamais elles n’accepteront de se prêter au jeu de certains politiciens, notamment ceux du pouvoir, qui souhaiteraient insidieusement provoquer des troubles pour, ensuite, s’en, prévaloir et exiger le report des élections aussi bien législatives que présidentielles. Et, aussitôt, seront mises en branle les dispositions de la loi sur l’état d’urgence. A l’époque, j’avis dit que la loi n’était pas votée pour le covid mais qu’elle sera utilisée dans deux ans pour réprimer toutes les velléités de contestations.
Mes très chers frères, nous avons en perspective les élections législatives du 31 juillet ; vous avez suivi comme tous vos compatriotes les différentes péripéties portant sur le parrainage, la parité et la validité de telle ou telle liste. S’il a été facile d’admettre des erreurs de la part des différents mandataires, il faut reconnaitre que des dysfonctionnements et des fautes ont été notés de la part de l’administration, a travers la Direction générale des élections et du Ministère de l’Intérieur et de la part de la justice a travers les décisions inconséquentes du Conseil constitutionnel qui n’a point été a la hauteur des responsabilités qui lui ont été confiées de dire le droit, rien que le droit. En lieu et place de la vérité et du droit, les pseudos sages du Conseil constitutionnel ont servi des arguties juridiques, filandreuses et amphigouriques, semant le trouble et instillant le doute dans l’esprit des Sénégalais.
Mes très chers frères, vous n’êtes pas des bras cassés ; vous avez l’instruction, le niveau académique, l’intelligence, les connaissances, l’expérience, l’expertise, le vécu professionnel et la maitrise des textes nécessaires pour comprendre qu’il y a un jeu très pernicieux, grave et dangereux auquel se livrent certaines personnes. Vous voilà, aujourd’hui, assistant aux prémices d’une situation qui, à terme, exigera votre implication active parce que sollicités et réquisitionnés par l’autorité politique. Vous êtes dans un carcan statutaire qui vous astreint à une discipline rigoureuse qui vous contraint à toujours obéir à la hiérarchie. Seulement, il est dit aussi que vous êtes dotés de bon sens et d’intelligence et que personne ne peut ni ne doit vous obliger à agir en marge de la loi. On ne doit pas, sous peine d’engager sa responsabilité personnelle, obéir à un ordre manifestement illégal ; « L’armée doit, en toutes circonstances, avoir une attitude républicaine. Elle doit et a l’obligation de toujours se mettre du bon côté, celui du peuple. On ne doit pas obéir à un ordre manifestement illégal » ; ce sont des propos de son Excellence Macky Sall. C’est pourquoi, j’ai très bon espoir que vous refuserez de tirer à bout portant, avec intention manifeste de tuer, sur des concitoyens désarmés qui manifesteront pacifiquement contre toute violation de notre constitution. Toute personne qui viole notre constitution est à loger à la même enseigne qu’un délinquant. Vous, militaires et paramilitaires, avez le devoir institutionnel, l’impératif républicain et l’obligation morale de respecter la constitution et de la faire respecter par tout citoyen, faut-il Président de la république ; et, c’est pourquoi le spectre du coup d’Etat n’a jamais été un sujet de préoccupation. Vous êtes et resterez des républicains dans l’âme, dans l’esprit et dans la chair. Toutefois, il faudrait que nos hommes évitent de procéder, de manière récurrente et abusive à des coups d’Etat constitutionnels dans le seul et unique but de se maintenir au pouvoir ; un coup d’Etat peut en provoquer un autre.
Mes très chers frères, n’oubliez jamais et ayez toujours à l’esprit que vous êtes des enfants de ce pays, tous issus du peuple largement composé de gens pauvres et appauvris qui éprouvent toutes les peines du monde à assurer régulièrement la pitance quotidienne. Vous êtes enfants de la vendeuse de cacahuètes, de légumes et poissons assise au détour d’une rue, sur un banc de fortune. Vous êtes enfants du maçon, tous les jours, haut perché sur un échafaudage de fortune, sans protection. Vous êtes enfants de ce charretier, obligé malgré lui de torturer un pauvre cheval toujours haletant, de ce docker qui soulève des charges au-dessus de ses capacités physiques, du menuisier assis, les yeux hagards et le regard lointain, parce que resté des mois sans commande, du retraité désemparé devant une impécuniosité chronique et de l’enseignant endetté, ce brave dispensateur du savoir dont on dit qu’il est un outil indispensable de l’émancipation collective.
Chers frères, comme je l’ai dit, supra, vous êtes astreints à la plus rigoureuse discipline qui vous oblige à obéir aux ordres de vos supérieurs à la seule condition qu’ils ne soient pas manifestement illégaux. Il est bien évident que vous ferez face au peuple les jours, les semaines, les mois et les années à venir et ce, tout simplement, parce que les citoyens manifesteront pour réclamer leurs droits inaliénables mais surtout pour défendre et protéger la constitution que personne ne doit violer sous aucun prétexte. Dès à présent nous vous reconnaissons le devoir et l’obligation de vous acquitter de vos missions régaliennes de maintien de l’ordre dont l’enjeux est de pouvoir conserver l’ordre établi avec des moyens modérés de coercition afin d’éviter l’usage de la violence qu’induit le rétablissement de l’ordre. Les principes du maintien de l’ordre sont au nombre de trois :
– Prévenir les troubles pour ne pas avoir à les réprimer ;
– Assurer l’équilibre entre l’ordre nécessaire et le désordre acceptable
– Intervenir face à des citoyens considérés comme des adversaires d’un moment et non comme des ennemis de toujours
Mes très chers frères, vous pouvez arrêter la progression d’une marche, disperser un rassemblement, procéder à des interpellations, à des arrestations ; mais de grâce, ne faites pas usage de violences gratuites et inutiles, n’injuriez pas, ne piétinez pas des manifestants sans défense dans les véhicules, ne bastonnez pas, ne brutalisez pas, ne matez pas et surtout évitez qu’il y ait mort d’homme au cours de vos interventions. J’ai toujours demandé aux forces de défense et de sécurité de servir la Nation jusqu’au sacrifice suprême, de servir la République avec le plus grand dévouement, de servir l’Etat avec loyauté mais de toujours servir un régime avec discernement et intelligence. La situation que nous vivons résulte d’une volonté manifeste et obsessionnelle de vouloir solliciter un troisième mandat au mépris de notre Constitution en vigueur qui dispose de manière claire, nette et précise que « Nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs ».
Mes très chers frères, par le passé, la présence de nervis aux côtés des forces de sécurité m’avait beaucoup scandalisé, j’en ai éprouvé une honte incommensurable. En opérant accompagnées de nervis, les forces de sécurité avaient étalé leurs limites ; elles donnaient la fâcheuse et désagréable impression d’avoir sous-traité leurs missions régaliennes de maintien et de rétablissement de l’ordre avec une horde de malfrats à la solde de politiciens prêts à tout pour conserver le pouvoir. Des politiciens méprisants et arrogants qui se prennent pour l’Etat et qui déclarent, avec vantardise, qu’ils ont la force, la loi et la justice ; pour eux, imbus de leur pouvoir, ils pensent qu’il leur suffit d’un claquement de doigts pour que les forces de l’ordre massacrent les éventuels manifestants. Nos forces de l’ordre ne seraient donc que de simples marionnettes aux mains et a la solde de politiciens sans foi ni loi, sans éthique ni morale.
Mes très chers frères, faites en sorte que personne ne coupe le cordon ombilical qui vous lie au peuple dont vous êtes issus et auprès duquel vous retournerez.
Vous n’avez pas prêté un serment d’allégeance à un individu, fut-il le Président de la République ; vous avez, solennellement, prête un serment d’allégeance a la CONSTITUTION de notre pays.

LE POUVOIR AU PEUPLE, LES SERVITUDES AUX DIRIGEANTS.
TERMINUS 2024.
Dakar le 15 Juin 2022. Boubacar SADIO
Commissaire divisionnaire de classe
Exceptionnelle à la retraite.

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Auteur de l’article : Tass Xibaar

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