« La terreur du verbe » ( Par El Hadj Samb chercheur en sciences de l’Éducation)

 

« Le verbe s’est fait arme » ! Excusez-moi pour cette parodie qui me sert de prétexte afin de mieux camper mon propos, dans notre cher pays où la dialectique, la contradiction et le débat sont jetés aux calendes grecques par la seule régence d’une pensée unique ou uniformisée dictée par notre appartenance sociale, ethnique, politique, régionale pour ne citer que ces faits aux conséquences dévastatrices incommensurables.
Aujourd’hui, il urge de faire une relecture lucide et sans complaisance des événements malheureux qui ont émaillé le quotidien des sénégalais durant trois jours. Devant le refus d’un débat d’idées sérieux et cohérent, on se jauge par des logorrhées puériles et destructrices, par une violence symbolique permanente, par le rejet d’une dialectique sur les affaires de notre cité. Que cela soit sur les plateaux de télévision, dans les cercles réputés être les lieux de convergence et de bouillonnement intellectuel comme les universités ou tout simplement dans les plus grandes hautes sphères de l’Etat, l’arme la plus usitée et la moins conventionnelle reste le verbe destructeur porté en bandoulière dans le seul but de détruire ceux qui ont des positions différentes de celle de la nôtre. Le verbe déclencheur d’un cataclysme social charrie son lot de morts, d’atteinte à la vie privée des autres, de destruction des biens publics et privés.
Ainsi, le verbe devient-il inquisiteur, un géniteur de la subversion intellectuelle et de diatribes qui trouvent leur réceptacle dans cette floraison médiatique. Le quatrième pouvoir se décolore dans les chapelles politiques avec des « journaleux » et « consultants » dont la platitude et la vacuité des analyses hébètent l’esprit des sénégalais. Le traitement de l’information, aussi sensible que cela puisse être, reste dans une expressivité exaspérante dénudée de toute vérification au préalable. Le sensationnel et les grosses « UNE » commerciales florissent dans ce verbiage journalistique, entretenu par des jongleurs d’apories, de contre-vérités qui ne dissocient pas les discussions de chaumières de l’information publique, neutre, sérieuse et impartiale.

Les règles déontologiques sont foulées au pied par des consultants-censeurs ou des journalistes partisans qui se perdent dans des calembours vaseux et des stroke déphasés de la réalité. L’auto-régulation et l’auto-censure qui doivent privilégier le « cuit » au profit du « cru » verbal traduisent l’extrême légèreté dans les analyses voire la négation de nos valeurs sénégalaises dont l’adossement fondamental reste le « Sutura ».
En effet, la recherche de « buzz » ou la « starisation » extrême font valser nos censeurs de la parole de stations radio en stations ou de télévisions en télévisions- quid à insulter, à dénigrer, à vociférer- pour maintenir la cadence du dénigrement et surtout de l’impudicité sur des questions aussi sensibles comme la stabilité et la paix sociale.
Censeurs et inquisiteurs du verbe, notre Sénégal n’a pas besoin d’apologistes de la terreur ou du chaos ; mais plutôt de contributeurs œuvrant chacun en ce qui le concerne et dans son périmètre immédiat à la recherche de solutions pour faire face à des questions éminemment sociales comme l’emploi, l’éducation et la formation de cette jeunesse qui s’est exprimée durant ces derniers jours.
Non à la pensée unique ! Oui à la pluralité des opinions !

 

 

El hadji SAMB
Chercheur en Sciences de l’Education
Formateur au CFPC Delafosse

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Auteur de l’article : Tass Xibaar

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