JËF MOOY NATTUKAAYU DËGG (les chroniques de Pape Sene)

(« Machin : mot par lequel on désigne quelqu’un dont le nom ne vient pas immédiatement à l’esprit. » Larousse )

Je considère Guy Marius comme un camarade. Un camarade de gauche. Je considère qu’il mène des luttes salutaires. J’ai salué son combat, plusieurs fois. J’ai été aussi dans la rue, à de nombreuses reprises, pour le défendre, quand il était emprisonné. J’ai même apporté à manger à des personnes détenues, car elles manifestaient pour sa libération. Guy Marius Sagna fait partie de « ceux qui souffrent et surtout luttent avec les opprimés », pour reprendre Paulo Freire. J’aimais bien son cri de guerre : « Si Macky maquille, on prend le maquis ». J’ajouterai juste, que ceux qui se battent doivent prendre le maquis, à chaque fois que les fondements de la République sont menacés. À chaque fois que les intérêts particuliers, claniques et politico-politiciennes primeront sur l’intérêt général. À chaque fois que le système tentera de se consolider, ou de se reconstituer. Parce que, comme le dit Mao, « la lutte des contraires est ininterrompue. »
Je viens de lire entièrement ce que Guy Marius Sagna a écrit sur Thierno Alassane Sall, après la sortie de ce dernier sur 7TV. Peut-être que Guy Marius Sagna était vexé. Et, certainement, le propos de Thierno Alassane Sall aurait pu être mieux formulé. Ce dernier a bien dit « machin ». Par contre, ce n’était sûrement pas ad-hominem. Ce n’était ni dédain ni arrogance, ce que Guy Marius Sagna a essayé de faire croire. C’était un oubli, un lapsus. Comme on en commet tous les jours. Thierno Alassane Sall a, lui-même, marché pour la libération de Guy Marius Sagna. Et il le respecte pour ses nobles combats. Je connais bien Thierno Alassane Sall pour savoir que c’est un leader politique attaché au respect de la personne humaine. Un homme très humble. Je le côtoie maintenant depuis un an que je milite à la République des Valeurs.
J’ai toujours considéré le militantisme politique, s’il est sincère et dirigé vers l’égalité, comme un engagement spirituel. Mais j’ai été dégoûté, après l’élection présidentielle de 2019, par la scène politique sénégalaise. Par l’immoralité, la démagogie. Par le « ôte-toi de là que je m’y mette », coûte-que-coûte. J’avais décidé de me consacrer à l’écriture et à la critique sociale. La forme d’engagement qui me paraissait correspondre à mes impulsions. Mais la rencontre avec l’ouvrage de Thierno Alassane Sall a changé mon point de vue. J’ai lu tous les livres des hommes politiques sénégalais – sauf ceux de Macky Sall. Et Le Protocole de l’Elysée a été un coup de foudre, qui m’a beaucoup réconcilié avec les mœurs politiques au Sénégal.
J’étais d’abord frappé par la culture littéraire de l’auteur. J’ai vu une écriture, qui était celle d’un homme de gauche, imprégné de littérature. Qui s’informe sur le monde et qui a une vraie profondeur historique et intellectuelle. J’ai aussi découvert un homme qui a mené des combats pour son pays. Tout seul. Sans tambour, ni trompette. Bien sûr, je connaissais Thierno Alassane Sall, un peu. Et je savais comme tout le monde, qu’il avait été un ministre rigoureux et sincère. Qu’il avait aussi démissionné dans l’affaire Total, pour défendre les intérêts du Sénégal.
Je n’ai pas hésité, après avoir discuté avec lui, et en comprenant sa vision pour le Sénégal, à m’engager à la République des Valeurs. Par sa posture, durant les événements de mars 2021, il avait fini par me convaincre. Il était pour moi du bon côté : celui de la Justice et de l’Etat de droit. Car, même si ces deux mamelles de la nation, sont brinquebalantes, personne n’a pris, par la main, Ousmane Sonko pour lui demander d’aller à Sweet Beauty. Le reste, c’est du supportérisme, des suppositions et des présomptions, peut-être des complots. Mais ce n’est pas la Justice. Chacun peut penser ou dire ce qu’il veut. Mais dès lors qu’un homme politique, ou un puissant se soustrait à la Justice, il détruit un peu plus le socle de la démocratie et l’égalité en droit.
Pour revenir à Thierno Alassane Sall, je chemine avec un homme rigoureux, droit, et qui n’est jamais dans des compromissions. Quand quelque chose lui semble juste, il le dit. Tout le monde le sait. Et quand il parle de l’affaire des recrutements à la mairie de Dakar, il reste sur les principes. Il faut lui répondre sur le terrain des principes. Le reste relève de l’enfumage. De procédés tactiques pour discréditer un homme politique. Pourquoi déplacer le débat ? Est-ce qu’on peut, parce qu’on n’est de l’opposition faire ce que l’on dénonce ? Ne pas respecter les règles de l’administration ? Instituer le copinage ? C’est cela le fond de la question. On ne pratique pas ce que l’on a reproché aux régimes précédents et en place, tout en espérant changer ce pays.
Cela fait plus d’un an que Thierno Alassane Sall est attaqué par des leaders de Pasteef, publiquement, par des insinuations, ou par la désinformation. Car il refuse de prendre partie ouvertement pour Ousmane Sonko, dans l’affaire qui l’oppose à Adji Sarr. Je suis tout cela de près. Ils ont commencé par le désigner comme un « opposant de l’opposition », ensuite comme un « jaloux », un « aigri » ou un « mécontent ». Ils sont même allés fouiller, dans les poubelles, des déclarations de Farba Ngom. C’est même indécent à la limite.
Ces tentatives de manipulation, distillées par l’état-major de Pasteef, peuvent être, en partie opérationnelles, et le sont d’ailleurs. Puisque beaucoup de jeunes, et de supporters, ceux que Guy Marius Sagna appelle à ne pas insulter Thierno Alassane Sall, tombent dans le panneau. Des membres de Frapp s’en prennent à lui, et font circuler des mensonges. Mais ce n’est pas suffisant. Il s’agit maintenant de le faire apparaître en homme « arrogant » et « méprisant ». De chercher et d’exploiter des erreurs de communication pour le discréditer aux yeux de l’opinion. C’est de bonne guerre diront certains. Mais c’est triste et cela en dit beaucoup sur l’état du débat public sénégalais actuellement : pauvre intellectuellement et spirituellement. Binaire et violent. C’est comme cela que s’impose la pensée unique. Comme cela que l’on détruit la démocratie et la République. Que l’on supprime les libertés. Que l’on dresse les Sénégalais face-à-face. Cette banalitsation du mal ne mènera à rien de bon.
Thierno Alassane Sall serait un homme « arrogant », « méprisant ». Évidemment, c’est faux. C’est de la manipulation outrancière. Je me rappelle cette tournée, avec lui, dans des zones très reculées du Sénégal pendant deux semaines. Le chef du protocole de la République des Valeurs, ayant appris que je voulais y participer m’a appelé pour me dire qu’il n’était pas d’accord avec le choix de Thierno Alassane Sall de ne pas dormir à l’hôtel. Il n’y avait ni hygiène, ni électricité, ni eau dans les villages que l’on allait visiter, m’avait-il fait comprendre. Il proposait d’aller dormir dans un hôtel, pour ensuite chaque matin parcourir les villages. Mais Thierno Alassane Sall, fermement, avait soutenu : « Je fais de la politique et je me bats pour tous les Sénégalais. Si je ne peux pas vivre, dormir et manger avec eux, je ne vois pas le sens de mon engagement. »
Je me souviens aussi de la fois où je lui avais conseillé de ne pas trop évoquer le nouveau stade de Diamniadio. Il est déjà construit, lui disais-je, et il me semble, que le monde du sport et beaucoup de Sénégalais approuvent l’infrastructure. Il m’avait dit : « Te rappelles-tu Paap ces femmes qui nous disaient qu’elles veulaient juste un dispensaire décent pour accoucher ? Elles font aussi partie du Sénégal. Elles ne méritent pas que l’on dépense autant d’argent pour des infrastructures de prestige alors qu’elles peuvent mourir en donnant la vie. Je sais que ce que je dis est impopulaire, mais je parle pour elles. »
Thierno Alassane Sall est un enfant de daara. C’est un homme de foi et de convictions très fortes. Un homme à cheval sur les principes, sans doute très ferme sur la rigueur. Et qui dit ce qu’il pense. Parfois jusqu’à l’incompréhension de ceux qui lui sont proches. Il est loin de la personne que l’état-major de Pasteef cherche à faire passer aux yeux de l’opinion. En le côtoyant, on remarque très rapidement qu’il est dénué des vanités qui détruisent les hommes puissants. Il est démocrate, volontairement simple, supporte la contradiction et ne se prend pas pour le « Lider maximo ». Malheureusement, on a perdu un peu le fil au Sénégal. Le « mas-laa » et le « parparloo » ont beaucoup saccagé notre sens de la vérité, de la contradiction et des idées.
Thierno Alassane Sall ne veut pas négocier sur le dos des populations, contre leurs intérêts, pour ses ambitions personnelles. C’est ce que tous ses combats montrent. De militant au lycée Malick Sy de Thiès pour défendre ses camarades venus des contrées voisines, qui n’avaient pas de bourses d’études, jusqu’à son engagement syndical, puis politique, il n’a fait que défendre l’intérêt général et les autres. Qu’on lui reproche sa franchise montre toute l’étendue des dégâts au Sénégal. Pourquoi devrait-il taire ce qu’il pense être juste ? Pourquoi devrait-il s’accorder avec le reste de l’opposition sur autre chose que des principes. Si l’opposition doit s’unir, cela doit se faire sur un socle de valeurs et d’idées partagées. Sinon, elle répétera toujours les mêmes erreurs.
Chacun peut être partisan. Chacun fait des choix. J’ai moi-même voté en 2017 et en 2019 pour Ousmane Sonko. J’ai voté pour Yewwi Askan Wi, lors des locales, là où j’habite, car il n’y avait pas de listes de la République des Valeurs. Chacun peut se tromper. Mais l’essentiel, c’est le Sénégal et les valeurs et convictions que nous défendons. Au camarade Guy Marius Sagna, je le dis fraternellement, c’est sur le terrain des principes qu’il faut répondre. Comme vous l’avez toujours fait.
Je termine, en rappelant, qu’il n’y a pas seulement la démission de Thierno Alassane Sall qu’il faut retenir de son parcours. Ce serait très réducteur. Il se bat depuis le lycée. Cadre à l’Asecna, il était du côté des travailleurs. Il s’est dressé contre Wade. Il a refusé les terrains et villas que lui proposait le régime de Wade, pour pouvoir dépecer l’Asecna. Il était acteur majeur lors des luttes héroïques, en 2011 et 2012. Il a baissé son salaire, de 14 millions nets à 5 millions, pour protester contre le train de vie dispendieux des autorités. Il a refusé chauffeur et voiture de fonction pour sa femme. Il a refusé, en tant que directeur général une maison de fonction, car onéreuse pour l’Etat. Il a démissionné et quitté le régime de Macky Sall pour protester contre l’abaissement moral et le délitement du pays, que le régime de ce dernier a fini par incarner. Il a refusé de signer les contrats léonins en faveur d’Eiffage, de Fonroche puis ceux avec Total. Et il cherche à bâtir, avec d’autres citoyens, une République des Valeurs. Ce n’est pas cela la vérité par l’action ? N’est-ce pas tout ça, l’anti-impérialisme et le combat pour les opprimés, cher camarade Guy Marius Sagna?

Les chroniques de Paap Séen

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Auteur de l’article : Tass Xibaar

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