Ipres: une bamboula financière qui coûte 207 millions aux maigres comptes des retraités en 10 mois

L’institution de prévoyance retraite du Sénégal (Ipres) est encore traversée par ses vieux démons, à savoir le détournement des maigres pitances des retraités. C’est le quotidien Libération qui a vendu la mèche et révèle que ce sont pas moins de 207 millions de Fcfa qui ont été soustraits, en 10 mois des comptes de la société nationale.

Une véritable bamboula financière, avec pour acteurs, une dizaines d’agents et de témoins évaporés dans la nature ou tombés subitement malades, des  prestataires de commerces comme « Brioche Dorée » et « Hypermarché exclusive »,  mis en cause mais libres comme l’air. Le tout sous des pressions présumées de l’ancien directeur général sur un agent qui a tout déballé devant le conseil d’administration.

Le site dakarois qui s’est penché sur le Pv de la Sûreté urbaine (Su), en dessine les différents contours.

« il demeure constant que la gestion des tickets restaurants de l’Ipres, telle que révélée par l’enquête, ne fut guère efficace et efficiente car laissée à la seule appréciation d’agents sans contrôle ni suivi de la part de la hiérarchie (…). Toutes ces irrégularités n’auraient pas eu lieu si le comité de réception suivait tout le processus. Cette négligence ou cette défaillance de la part de la direction générale de l’Ipres (ndlr l’ancienne) a débouché sur des conséquences dramatiques sur les deniers publics avec une gestion plus que ténébreuse des tickets restaurants. A cela s’ajoute le détournement d’objectifs des tickets restaurants. En délivrant des agréments pour des établissements qui n’évoluent pas dans le domaines de la restauration, la direction générale permet aux agents et même aux prestataires d’utiliser des tickets, pourtant subventionnés à hauteur de 75 % pour les échanger avec d’autres articles tels que des appareils électroménagers ou des jouets pour enfants. A cet égard, il convient de souligner la démarche peu orthodoxe de certains prestataires (les cas de l’Hypermarché exclusive et de la dame Mame Diarra Diop) qui, en acceptant des tickets en échange d’autres articles, ont facilité la commission des infractions objet de l’enquête.

Bamboula financière entre avril 2018 et janvier 2019

 

Ce rapport de la Su sera exploité par le procureur de la République qui a ouvert une enquête et mis la main pour détournements de deniers publics, complicité et recel contre Ndeye Thioro Dia (arrêtée), Thierno Thiobane (arrêtée), Ramata Niang qui serait en soins en France, Mame Diarra Diop (non défèrée) et X, un agent à la direction des ressources humaines. Thierno Thiobane a été placé sous mandat de dépôt, par le doyen des juges, le lundi 5 octobre alors que Ndeye Thioro Dia fera face au magistrat instructeur aujourd’hui.

Toute ce banditisme financier a été éventé par la déposition du directeur des affaires juridiques et du contentieux à l’Ipres, Matar Diouf qui en se plongeant sur la part du budget accordé à la subvention destinée à la prise en charge de la restauration du personnel durant les heures de travail. A ce titre, 25 tickets d’une valeur unitaire de 2000 Fcfa, subventionnés à hauteur de 75 % par l’Ipres, sont remis mensuellement à chaque travailleur, qui peut les présenter aux restaurants ou grandes surfaces agréées par l’Ipres, pour se restaurer. La facturation de ces prestataires se fera sur la base de ces justificatifs.

Selon Matar Diouf, plusieurs restaurants et grandes surfaces sont agrées à Dakar et dans les autres régions où l’Ipres est représentée, et la gestion de ces tickets est du ressort de la dame Ndeye Thioro Dia. Mais, face aux enquêteurs, le directeur des affaires juridiques et du contentieux, indique que, courant janvier 2019, le directeur général de l’époque Mamadou Diagne Sy Mbengue, au constat d’un gonflement déraisonnable des factures, avait commis un audit interne, qui rondement mené, a conclu à un détournement de plus de 207 millions de Fcfa, représentant le stock de tickets non distribués par l’agent en charge de la gestion entre avril 2018 et janvier 2019.

 

“Madame Tickets ” et sa razzia géante 

Le directeur de l’audit interne, Cheikh Ly corroborera ces révélations explosives et constate qu’entre ces périodes, trois factures des  prestataires étaient anormalement sortis avec des factures dépassant les standards comme si plus de la moitié de l’effectif de l’Ipres avaient tous utilisé leurs dotations globales chez trois fournisseurs à savoir « Brioche Dorée », « Hypermarché exclusive » et le restaurant « Keur Gui ». Toujours selon Libération Cheikh Ly se rend lui-même, sans perdre de temps, auprès de ces fournisseurs pour pousser confirmer ses découvertes. A l’hypermarché exclusive, il découvre ahuri, qu’une dame surnommée ” madame tickets ” se présentait souvent avec des blocs dé tickets pour les échanger contre des appareils électroménagers et des téléphones portables haut de gamme. Toujours dans ses découvertes, “Mme Tickets » se présentant comme un agent de l’Ipres, leur laissait croire qu’elle a collecté ces tickets « inutilisés »dans toutes les agences régionales, ce qui est impossible, leur dira Ly, qui apprend que les agents de l’Ipres reçoivent des tickets détachés de leurs souches et non des blocs comme semble les présenter “Madame tickets”.

A la brioche dorée, le directeur de l’audit a constaté que la facturation n’était pas faite par le siège social mais plutôt par l’agence Sicap Bourguiba avec, à l’appui, des factures ne respectant pas les mentions légales sans oublier la fréquence de leur présentation, c’est à dire le même mois avec des montants faramineux. Au restaurant Keur Gui, le constat est le même.

Le directeur des ressources humaines de l’Ipres ira plus loin dans ses révélations, en démontrant  aux enquêteurs les soupçons géants sur la gestionnaire des tickets Ndeye Thioro Dia qui a commandé 230 000 tickets, pour en distribuer 126 441 aux agents et prestataires internes, soit un stock théorique de 103 559 tickets qu’elle n’a pas représenté et qui ont été certainement réintroduits dans le circuit par des procédés frauduleux et mûrement réfléchis. Pour l’identité de “Madame tickets”, il apprendra aux enquêteurs ulcérés qu’elle est tout simplement la copine d’enfance de Ndeye Thioro Dia.

Tous les prestataires incriminés seront par la suite entendus par la Su, du directeur de Hypermarché exclusive, Tarun Hajwàni à Souleymane Kfoury Dg de la brioche dorée, en passant par les employés suspectés de complicité avec “Mme tichets”, comme Abdoulaye Diallo de Hypermarché exclusive qui a collé à la dame ce surnom, et confirme lui avoir livré chez elle, aux Maristes, un téléviseur écran plat, un « home cinéma », un Samsung S8 ainsi que d’autres appareils électroménagers.

 

 

 

TASSXIBAAR

Auteur de l’article : Tass Xibaar

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