“Héros sans médaille” ou les confidences croustillantes d’un ex douanier sur les tentations corruptives, et notamment sur un épisode avec l’ex première dame Elisabeth Diouf

Dans son ouvrage intitulé « Héros sans médaille », Badou Ndao Le Médiateur partage son vécu de corps avec les lecteur dans des récits riches en soubresauts, péripéties et hauts faits d’armes d’une carrière longue de 30 ans au sein de la Douane sénégalaise.  Quelques extraits de l’ouvrage mis à disposition par l’auteur, permettent de mieux connaître la vie dangereuse et captivante que mènent les gabellous.

Télescopage avec la Première Dame

Le livre relate les situations auxquelles sont confrontés des agents de Douane. Et surtout, lorsqu’ils traitent des importations de hautes personnalités du pays. Il est revenu sur la réception d’un contenair de Mme Elisabeth Diouf, alors première dame. Contenair que les gardes de celle-ci ont voulu ouvrir sans fournir aucun papier légal.

«Les conteneurs avaient été déchargés dans le magasin et Mme Diouf était venue elle–même les visiter. Quand les gardes ont voulu ouvrir, je leur ai demandé les documents. Ils n’en avaient pas. Le seul document qui valait à leurs yeux, c’était la première dame. Elle était à quelques mètres et nous regardait. Je me suis avancé vers elle et lui ai expliqué comment cela se passait et, qu’en ouvrant les conteneurs, ils étaient en infraction. Elle me demanda combien de temps cela prendrait pour faire les papiers. Je lui répondis qu’avec elle, ce devrait être à la vitesse de l’éclair», relate l’auteur.

L’avion rempli de lingots d’or

Le médiateur évoque également  dans les feuilles de son ouvrage, le danger et la tentation de la grande corruption qui guette le douanier sur le terrain. «J’entrai donc, m’assis sur le siège du pilote et mis la main dessous. J’attrapai le premier lingot et je l’exhibai comme un trophée. Il m’arracha le lingot, le remit à sa place et me dit : ‘‘Ton prix est le mien. Tes gars qui sont dehors n’ont rien compris. On descend calmement de l’avion et tu as plus de cent millions et je peux t’assurer que tu auras ta part sur mes prochains voyages’’. Dehors, le chef de brigade, impressionné, présentait ses excuses en m’appelant. Le Monsieur me regardait dans les yeux pour me convaincre, en me disant que le Monsieur debout dehors était son frère et son comptable qui me donnerait les 150 millions tout de suite. Je m’étais levé du siège et, passant ma tête par-dessus l’épaule du monsieur, j’appelai le chef et lui dis: ‘‘L’or est là. Je l’ai pris’’».

L’éthique et la responsabilité comme viatiques

L’auteur n’a pas occulté les problèmes d’éthique notés dans le métier. En effet, il a mis le curseur sur ces pratiques qui gangrènent le métier: «La brigade commerciale, j’y avais fait un stage et c’est là – bas où j’avais été frappé par la collusion entre les Douaniers et la fraude. C’était là – bas que j’avais compris qu’entre ce qu’on nous enseignait à l’école sur l’éthique et la responsabilité, il y’ avait un énorme fossé qui est un système de fraude et d’enrichissement qui avait ses règles bien au – dessus de celles de la législation douanière ».

Le fraudeur devenu promoteur de lutte :

– ‘’ ‘’ Il y a une anecdote que je me plais à raconter et qui concerne un fraudeur devenu un grand promoteur de lutte et à qui j’ai mis des bâtons dans les roues huilées de son trafic. Ce monsieur, pour contourner la Douane, faisait venir de petits sachets que lui envoyait un de ses parents taximan à Orly par les vols Air Afrique. Il arrivait chaque jour de Paris, deux vols Air Afrique. L’un, à 18h30 et le second à 20h 30. Donc, le Monsieur recevait un sachet où il y’avait 5 ou 6 chaussures gauches, quelques montres, quelques cravates, des pantalons lors du premier vol, les douaniers du quart de jour considéraient cela comme des babioles, ils le chahutaient même. Lors du deuxième vol, il recevait l’autre partie, les chaussures droites, les compléments des pantalons et au bout du compte, il avait  des costumes et des paires de chaussures au complet. Pris sur un mois, c’est un monsieur qui pouvait faire entrer une centaine de costumes, de chaussures, de montres etc. sans rien payer au nez et à la barbe des douaniers’’.

Au pont Noirot de Kaolack :

– ‘’ Au Pont Noirot, qui est la porte d’accès principale et presque inévitable de la ville de Kaolack, chaque service est une découverte. On voyait du tout en matière de camouflages et d’astuces pour échapper à la vigilance des douaniers. Une jeune femme en partance pour la Gambie descend d’un véhicule et vient demander après un agent de sa connaissance. Pendant qu’elle arrivait, taille fine et coquette, un grand à côté me souffla « Boy Ndao, celle – là, c’est ton genre ». Le lendemain, on descend les passagers d’un taxi – brousse en provenance de la frontière. Notre taille fine avait pris du poids en 24 h. On se mit à la chambrer « Mais, vous, vous étiez taille fine hier et Diongama, aujourd’hui, vous buviez du Vimto concentré ou quoi ? ».  «  Ah, vraiment, Banjul vous a fait du bien ». « Allez dans le local là et dégraissez un peu. La prise de poids rapide, ce n’est pas bon pour la santé ». La jeune fille qui était une étudiante se mit à pleurer. Elle s’était ceinte d’une dizaine de pièces de tissus.’’

            Les évènements Sénégal – Mauritanie de 1989 :

– ‘’J’ai été témoin de l’arrivée des premiers guerriers peuls venus en renfort à leurs frères dépossédés de leurs troupeaux et qui organisèrent des expéditions pour aller récupérer le bétail spolié en territoire Mauritanien. Je me rappelle avoir organisé la première réception d’un troupeau par la bande à Moussa Bâ avec le Capitaine Cherif Mbodj qui commandait un détachement de l’Armée venue en renfort au gué de Yafera. Ce jour-là, les Peuls firent une entrée triomphale dans la ville au petit matin sous les meuglements des bœufs et les youyous des femmes. Ils avaient perdu un camarade dans la bataille avec les soldats mauritaniens, mais étaient retournés le soir récupérer son corps quand ils ont entendu que celui-ci avait été abandonné sur place. Jeune Afrique avait fait à l’époque un reportage sur ces brigades de vengeurs, mais Arigoni, le Peul qui était présenté comme le héros n’en était pas un, il était célèbre parce que c’est entre ses mains que les vengeurs déposaient les bêtes en attendant que les propriétaires soient identifiés. Les vrais héros étaient un certain Moussa Bâ et un Yoro Thiam, tous deux habitants du Djoloff.’’

 

 

TASSXIBAAR

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Auteur de l’article : Tass Xibaar

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