DEVONS-NOUS CONTINUER À ENVOYER NOS MEILLEURS ÉTUDIANTS DANS LES PREPAS FRANCAISES ? (Prof. Youssou Gningue, Mathématiques, Ontario, Canada)

GDevons-nous continuer après 55 ans? Pour répondre objectivement à cette question, il faudrait effectuer une évaluation globale concernant un bon échantillon d’étudiants ayant fréquentés les écoles préparatoires. À défaut d’avoir les données, nous présentons à titre d’illustration trois cas parmi les meilleurs élèves qui ont réellement marqué leur époque.

1) ROSE DIENG, INFORMATICIENNE (1956-2008)
Rose Dieng, élève du lycée Van Vollenhoven, obtint en 1972, le premier prix au Concours général sénégalais en mathématiques, en français, en latin, et le deuxième en grec. Rose Dieng avait été l’élève préféré du Président Léopold S. Senghor. Elle décrocha le baccalauréat scientifique avec la mention Très bien avec les félicitations du jury. Rose Dieng poursuit ses études en classe préparatoire de mathématiques supérieures (Maths sup) en France. À l’âge de 20 ans, Rose Dieng fut la première femme africaine admise à l’École Polytechnique. Elle était devenue par la suite une spécialiste de l’intelligence artificielle et avait également obtenu un diplôme d’ingénieur de l’École Nationale Supérieure des Télécommunications, puis défendu une thèse en informatique à l’université Paris-Sud.
Ces études la menèrent à l’INRIA, Institut national de recherche en intelligence artificielle, en 1985. À partir de 1992, Rose Dieng fut directrice de recherche et responsable scientifique du projet à l’INRIEA. En 2005, Rose Dieng fut récipiendaire du Prix Irène Joliot-Curie. Ensuite, elle fut nommée Chevalier de la Légion d’honneur française en 2006.
Malheureusement, elle n’a pas eu le temps, comme elle l’aurait souhaité, de faire profiter pleinement le Sénégal de sa brillante carrière. Elle quitta brusquement cette vie à l’âge de 52 ans.

2) ABIBOU CISS
Abibou Ciss est l’un des meilleurs que le lycée Blaise Diagne ait connus. C’est un véritable mythe et phénomène. Il est rentré à l’école française grâce à un jugement supplétif après avoir fini d’apprendre le coran dans sa totalité. Il a survolé des classes de l’école primaire. Au lycée, il raflait tous les prix de sa classe y compris l’éducation physique.
Abibou Ciss obtient en 1975 le premier prix au Concours général sénégalais en mathématiques, en composition francaise. Il prit la première place en arabe avec un premier accessit. Ensuite il décrocha le baccalauréat scientifique avec la mention Très bien avec les félicitations du jury.
Il a étudié au Lycée Champollion Grenoble (1975-1978) avant d’intégrer Centrale Nantes (1978-1981). Ensuite, il obtient un doctorat à Institut National Polytechnique de Grenoble (1981-1985). Par la suite, il retourne dans son pays natal pour enseigner à l’ENSUT (1986-1995).
Monsieur Ciss a travaillé à 2IE – Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement (Oct 2000-Sep 2013) et à son compte (2013-2015) à Ouagadougou. Finalement à partir de 2015, il enseigne à l’École Supérieure Polytechnique de l’UCAD.

3) DIARY SOW
Je ne vais pas trop m’attarder sur l’histoire plus récente et mieux connue de Diary Sow. Considérée comme l’une des meilleurs élèves de sa promotion, Mlle Sow n’avait pas de difficulté à intégrer suite, à l’obtention de son baccalauréat avec la mention très bien avec les félicitations du jury, l’école préparatoire du Lycée Louis-Le-Grand et de passer sa première année. Sa brusque disparition survenue le 4 janvier 2021 avait déclenché une campagne sur les réseaux sociaux pour la retrouver. Les procureurs français avaient même ouvert une enquête sur sa disparition.

La brillante étudiante et romancière sénégalaise, portée disparue en France, a déclaré qu’elle faisait « une petite pause pour retrouver ses esprits » dans une lettre partagée avec son parrain, l’ancien ministre de l’Éducation. Mlle Sow avait assuré que ce n’était ni sous la contrainte, ni sous la peur, ni sous un quelque effet de surmenage. Ses études furent interrompues sans qu’on sache réellement ce qui s’est passé. Le cas de Diary Sow demeure encore un véritable énigme.

4) ANALYSE GÉNÉRALE
Parmi ces trois, la seule expertise dont le Sénégal a bénéficié jusque-là est celle de Abibou Ciss. Et même dans ce cas, le Sénégal n’a pas exploité de manière optimale le talent de Abibou Ciss. D’ailleurs, lors de son retour au pays, il n’avait pas bénéficié d’avantages pour son insertion. Il s’était s’expatrié pour enseigner pendant 13 années à Ouagadougou à 2IE – Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement et a travaillé deux ans dans cette ville à son propre compte.

Ironie du sort ! C’est lors de la cérémonie du concours général de juillet 1975 durant laquelle Abibou Ciss avait brillé par son élogieux palmarès que le Président Léopold Sédar Senghor avait tiré la sonnette d’alarme en affirmant : « il est bon que l’éclat de quelques-uns ne nous aveugle sur la médiocrité du grand nombre ». Ces mots du Président prononcés il y a 46 années sont d’une actualité brûlante au regard du fossé qui se creuse de plus en plus entre les écoles d’excellence et celles regroupant la majorité de nos élèves. Nous devrons mettre en place des politiques afin d’améliorer la qualité de l’enseignement dans nos différents établissements tout en réduisant les disparités criardes entre nos écoles d’élite et écoles populaires.
Nous devons également mettre en place de véritables politiques de retour et d’insertion de nos meilleurs étudiants. Une évaluation rigoureuse devrait être entreprise pour mesurer si nous devons continuer à envoyer nos meilleurs élèves dans les Prépas françaises. Elle est peut-être menée sans être publiée si l’on considère l’instruction donné par Son excellence, le PR Macky Sall à son gouvernement afin de mettre en place dès la rentrée d’octobre 2021 une classe préparatoire au sein du Lycée de Diourbel. SI SON DIAGNOSTIC EST BON, SA POSOLOGIE EST MAUVAISE. La mise en place de classe préparatoire doit se préparer rigoureusement et non s’effectuer par décret.

Prof. Youssou Gningue, Mathématiques, Ontario, Canada

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Auteur de l’article : Ibrahima Diouf

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