Décès de Ousmane Sow Huchard aka Soleya Mama

Le monde de la culture et de l’écologie vient de perdre son étoile filante, en la personne de l’anthropologue, muséologue, musicologue, critique d’art et chercheur, Ousmane Sow Huchard, qui est décédé hier mardi à Dakar des suites d’une longue maladie, selon son fils Jean Louis Sow. 

Consultant international au sein du Cabinet d’ingénierie culturelle « IWARA…Arts, Actions » qu’il a fondé et dirigé depuis 1990, Ousmane Sow Huchard a parallèlement présidé « Le Mouvement des Palmiers pour le développement local de la Casamance naturelle », et  encouragé la « SILABA » (= la Grande Route, en langue mandingue) – une association pour la sauvegarde et la promotion de l’héritage musical africain, et a également connu une longue et riche carrière politique.

Élu le 3 juin 2007 Député à l’Assemblée Nationale du Sénégal, et depuis le 22 mars 2009, Conseiller Municipal à la commune de Ziguinchor, Ousmane Sow Huchard était un Militant écologiste actif au sein du Rassemblement des Ecologistes du Sénégal « les VERTS », dont il est un des membres fondateurs en 1999.

Dans le cadre du Projet du Musée des civilisations noires, il rentre au Sénégal après des études au Canada et exerce diverses fonctions : Conservateur en Chef du Musée Dynamique, Conseiller technique au cabinet du Ministre de la Culture, Commissaire aux expositions d’art à l’étranger, Président du Conseil scientifique de DAK’ART : la Biennale de l’art africain contemporain.

Après des études en histoire de l’art, anthropologie, muséologie et musicologie, couronnées par un doctorat (Ph. D.) à l’Université Laval de Québec (Canada) en 1985.

Pour les nostalgiques de la vieille époque, Ousmane Sow est Soleya Mama de son nom de musicien. En 1972, après plusieurs mois de recherches sur les musiques folkloriques nationales, Ousmane Sow Huchard alias «~Soleya Mama~» (guitare rythmique, voix) et André Fara Birame Lô dit «~André Lô~» (guitare électrique) décident de créer un nouveau style tiré du patrimoine musical sénégalais et joué avec des instruments traditionnels. Ils s’entourent alors du «~korafola~» (joueur de kora) Lamine Bounda Konté (ne pas confondre avec feu Lamine Konté, fils de Dialy Kéba), du duo de balafonfolas (spécialistes de balafon balante casamançais), Nfally Diatta et Youssou Sadio, du joueur de buggers Samba Goudiaby et du tambourinaire El Hadji Fall dit «~Ass~» qui utilise les cymbales et «~sabars ndeunds~» (tambours au son de basse du mbalax wolof) comme batterie. La formation ainsi constituée, reste à lui trouver un nom : ce sera Waato sita qui veut dire «~il est temps~» en mandinkan (bambara, malinké, socé…). Nous sommes en 1973. Leur passage à la radio nationale est l’occasion pour le grand public de découvrir, à travers leur fameux morceau «~Balingor~», leur afro jazz progressif, fusion de musiques mandingues de Casamance notamment, de soul et de rythmes afro-cubains. Le succès est immédiat.

En février 1973, l’OUA, alors dirigé par son Secrétaire général, Diallo Telly, adopte comme hymne un poème que Soleya Mama avait fait parvenir à son oncle aujourd’hui disparu, le ministre Emile Badiane, à feu le président Léopold Sédar Senghor et au défunt roi du Maroc Hassan II. Dans ce texte, ci-dessous, Soleya Mama, futur ethnomusicologue, dirigeant du parti des Verts du Sénégal et conseiller de Youssou Ndour, se révèle non comme musicien mais comme un poète panafricaniste :

«~Salut Afrique mère

Nous sommes tous ici réunis

Pour partager ensemble

Tous nos espoirs et toutes nos joies

Car c’est ainsi que nous pourrons faire de toi une belle patrie

Africains, Africains

Gardons toujours dans nos esprits

Que l’Afrique est notre mère

Et que nous sommes ses enfants

Si nous nous tenons par la main

Nous serons toujours unis~».

La même année, Waato sita se produit dans plusieurs villes du Sénégal et de la Gambie puis représente le Sénégal au festival International de la jeunesse à Mexico.

La rédaction de Tassxibaar présente ses condoléances à toute sa famille et prie pour le repos de son âme.

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Auteur de l’article : Tass Xibaar

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