Chavirement de la pirogue heurtée par la patrouille nationale Sangomar: les récits des rescapés accablent la Marine nationale qui aurait regardé mourir des dizaines de passagers clandestins

On n’ a pas encore fini d’épiloguer sur le second drame consécutif de l’émigration clandestine par voie maritime, avec le chavirement de l’embarcation qui transportait plus de 80 passagers au large de Dakar, dans la nuit du 25 au 26 octobre dernier.

La marine nationale est mise au banc des accusés par les rescapés qui les accusent de non assistance à personne en danger après qu’ils aient provoqué le drame en percutant volontairement leur pirogue qui tentait clandestinement de rejoindre l’Espagne.

Les candidats au voyage qui avaient bien planifié leur plan de voyage ont logé selon le journal Témoin, dans une maison de Yarakh, avant d’être acheminés la nuit de leur départ à l’embarcadère de Soumbédioune où ils devaient monter à bord d’une pirogue à destination des îles Canaries en Espagne. Chaque candidat au voyage clandestin avait casqué entre 300 000 FCfa et 350 000 FCfa, ce qui aurait rapporté au capitaine ou organisateur du voyage, la coquette somme de 28 000 000 FCfa.

Malheureusement, pour tous ces candidats à l’émigration clandestine, leurs rêves vont être brisés par le patrouilleur Sangomar qui aurait en compagnie de la vedette de la Guardia civile espagnole intercepté leur signal et contraint leur embarcation à s’immobiliser. Au refus des voyageurs clandestins qui entendaient rallier les côtes ibériques, la course-poursuite va s’engager et se conclure par une collision violente avec la pirogue qui va chavirer. Un des rescapés qui s’est exprimé sur les colonnes de Témoin, raconte les circonstances de la collision. « Ce choc très violent a provoqué la désintégration de la pirogue en bois qui ne pouvait point supporter la collision. Les jeunes se sont jetés à l’eau alors que beaucoup d’entre eux ne savaient nager ». renseigne-t-il.

Le bilan livré par le communiqué de la Dirpa fait état de 39 rescapés mais ne parle pas du nombre de victimes qui doit dépasser la trentaine. « La marine nationale ne peut pas se cacher derrière un communiqué pour maquiller un crime car l’origine de ce drame doit être élucidée », se rebelle l’interlocuteur du journal dakarois.

Un autre rescapé qui se dit soudeur métallique de profession, narre sa mésaventure.

« J’ai versé 300 000 Fcfa. On était plus de 80 personnes dans la pirogue. Deux patrouilleurs nous ont trouvés, celui de la Guardia civile et celui du Sénégal. Ils ont voulu nous arrêter et nous avons refusé. Car, nous voulions coûte-que-coûte arriver à destination. Le bateau de la marine nationale nous a barré le chemin deux fois, et c’est à la troisième fois qu’il a heurté notre pirogue. Si les gens veulent savoir comment nous avons fait pour échapper, il faut suivre le film Titanic », trace le saint-louisien qui ajoute jurant. « Cela s’est passé exactement comme ça lorsque notre pirogue coulait. Je ne suis pas un bon nageur. Je me suis agrippé sur un bidon le temps que les gens viennent nous sauver. C’est le bateau de la surveillance maritime qui a sauvé presque tout le monde. La marine sénégalaise n’a pu sauver que 7 personnes. J’étais avec mon grand-frere dans la pirogue, je ne l’ai pas toujours pas revu. Malgré tout ce qui vient de nous arriver, je jure que si une autre occasion se présentait, je reprendrais la pirogue. Car, il n’ y a rien au pays. J’ai peiné pour avoir ces 300 000 FCfa. Ici, même pour avoir 50 000 Fcfa le mois, c’est difficile. L’Europe c’est mieux. Les organisateurs se fichent des victimes car c’est l’argent qu’ils gagnent qui les importe le plus », conclue le jeune ndar-‘ndar.

D’autres témoignages du même acabit sont repris par le journal Témoin, qui souligne qu’ils réclament tous l’ouverture d’une enquête contre la marine nationale.

 

 

TASSXIBAAR

Auteur de l’article : Tass Xibaar

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