🇸🇳L’histoire du “coma”à Saint-Louis.

C’est une histoire qui échappe à la curiosité de beaucoup de jeunes ndar-ndar. Le “coma” était à Saint-Louis ce que le Kankouran est aujourd’hui à Mbour, mais en moins plaisant car un peu trop sérieux. Ce n’était guère une attraction, encore moins une distraction pour les acteurs du “coma”. Il y’avait un objectif. Chasser le mal !

Le “coma” était un cercle de bambaras natifs de la ville dont les petits-fils sont encore là, ce qui fait que l’on se passera de citer des noms. Dans mes investigations je n’ai pas eu de date exacte mais on pourra situer les évènements entre 1960 et 1970 voire 75.

Bataille mystique : Ce kankouran prend mystérieusement feu (photo)Sélectionné pour vous :

Bataille mystique : Ce « kankouran » prend mystérieusement feu.

Chaque soir de jeudi, ce cercle sillonnait trois quartiers BALACOSS, NDIOLOFENE et KHOR. Leur objectif était de chasser le mal et KHOR était la base.

C’était encore à l’époque des lampes à pétrole, Entre  » djembé et chants bambaras, aucun esprit, maléfique qu’il soit, ne se déliait. La stupeur guettait les rues fantômes. A peine que le soleil rendait son dernier souffle de la journée, que les maisons étaient fermées, qu’aucune fenêtre ne s’ouvrait, même le miaulement d’un chat ne se percevait. Dans les maisons Les oreilles dressées écoutaient les chants d’Hommes et de femmes, arpentant les quartiers comparables à une meute de loups en chasse de proies. D’un torrent de paroles, des corps s’étirent soulagés d’une délivrance de longue possession. Les incantations sectionnaient le mal à la racine. Ils chantent et battent ! Chants de la purification, battements de la libération ! Les tambours battaient, Les esprits dépossédaient les victimes. Malheur a La persistance où la résistance d’un quelconque esprit, le prédateur finirait en une proie sans restes.

On a l’habitude de dire que la lumière chassait les créatures maléfiques car elles aimaient le noir. Comparé à notre époque actuelle où toutes les maisons sont pourvues d’électricité, l’on comprend pourquoi ce rite n’existe plus. Tous les jeudis, le “coma” quittait KHOR aux environs de 20h, en direction de NDIOLOFENE puis de BALACOSS. Là où il devait passer, toutes les lumières étaient éteintes tel un couvre-feu. Les gens faisaient toutes leurs courses avant cette heure. Il passait avec le tam-tam, chantait et s’arrêtait là où il y avait un esprit maléfique en possession d’un corps et le chef criait ‘’esprit sort du corps de tel fils/Fille de tel et tel ‘’s’il résistait alors gare à lui les incantations commençaient. Il était torturé, contraint à quitter ce corps et s’en allait sans risque qu’il ne s’en prenne à aucun autre. Ils leur arrivaient de citer leurs noms. Parce qu’on raconte que parmi les hommes, certains ont des esprits maléfiques qui s’en prennent à d’autres innocents les rendent malades et si personne n’intervient,  peuvent les conduire à la mort. Ceux-là sont souvent appelés (Deum) en wolof. Mais c’est l’histoire ! Et ce sont ceux-là qui étaient traqués, exposés pour qu’ils ne s’en prennent plus aux hommes. En majorité ils s’en prenaient souvent aux jeunes avec un accoutrement vulgaire ou impudique, exposant certaines parties de leur corps et ne priaient pas. Ils adorent posséder ceux-là car faciles à manipuler et à détourner.

Le “coma” n’avait pas besoin d’être orienté vers telle ou telle maison, comme un flair, il savait ou les esprits se trouvaient et donc dans quelles maisons se poser. De KHOR, il se dirigeait en chants et battements vers NDIOLOFENE, puis vers BALACOSS et enfin à partir de là

, il terminait au point de départ avant fadjr. Dans l’obscurité, le “coma” atteint sa cible. Le mal s’éjecte lorsqu’il passe, des noms dévoilés aux incantations secrètes. Dans les profondeurs de la nuit le son des djembés s’éloignait, plus loin dans la nuit, Plus prêt du jour

Au petit matin les possédés étaient dépossédés, les familles soulagées malgré leur peur cachée à l’endroit de ce cercle très mystique, les possesseurs exposés car leurs noms cités et c’est ainsi qu’ils faisaient l’objet de débat pour les jours à venir. Les langues étaient servies. Et c’est comme ça aujourd’hui qu’on voit des familles mises à l’écart par la société parce que jadis victimes d’avoir été citées. C’est une histoire réelle un peu trop complexe, car marquée à la fois par une croyance et une envie de démystification. D’ailleurs ne serait-elle pas la raison pour laquelle elle est si peu connue de tous.  L’évolution des sociétés fait que les individus travaillent certaines réalités et agissent avec un peu plus de rationalité. Même s’il y a une part de vérité ou une certaine croyance, la volonté, le désir de vivre sans distinction et le refus catégorique de stigmatisation a été pour une fois plus fort au point de presque l’emporter.

 

Layssa MBAYE

Auteur de l’article : Tass Xibaar

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